dimanche 5 mai 2013

Chapitre 1 - L'Emergence de l'Aneantisseur





Chapitre 1

Le chant des oiseaux remplissait l’air et une légère brise virevoltait à travers la forêt, dansant brillamment parmi les arbres. Les rayons réchauffant du soleil ruisselaient doucement du haut des branches. Les arbres qui longeaient la route étaient chargés de nouveaux bourgeons, et l’odeur du printemps embaumait l’air. La vie, dans la forêt environnante, exaltait dans l’air tiède les promesses de la nouvelle saison.
Aldrick respira profondément, prenant plaisir à sentir les odeurs de l’air limpide. Les hivers ici en Asturia n’étaient pas aussi sévères que ceux du Royaume nordique d’Illyria, mais ils étaient suffisamment rudes pour que le printemps soit un changement bienvenu. La route, sur laquelle Aldrick et sa femme voyageaient, était boueuse des fontes de neige printanières et les sabots de leurs chevaux pataugeaient et clapotaient sur leur chemin.
Aldrick se baissa pour passer sous une branche basse et jeta un regard en arrière sur sa femme Jelénna, alors qu’elle guidait son hongre brun autour d’une large flaque. Jelénna, dans sa robe d’équitation cossue mais jolie, fit le tour de la fâcheuse flaque et amena son cheval parallèle au sien. Elle lui rendit son sourire quand elle croisa son regard.
Son cœur grossit quand il vit ce sourire si spécial qu’elle réservait toujours pour lui seul. Ce sourire était une des raisons pour laquelle il était tombé amoureux d’elle. Aldrick était souvent émerveillé par le fait, qu’après tout ce temps, il aimait toujours autant sa femme qu’au jour où il l’a marié, si ce n’était plus encore.

 « Qu’y a t’il Chéri ? » Demanda Jelénna, glissant distraitement les doigts de sa main droite à travers sa longue chevelure auburn.
« J’étais juste en train de penser à combien je t’aime »
« Je t’aime aussi ».
Aldrick sourit à nouveau. Il lui semblait qu’il souriait tout le temps quand il était avec elle. Il jeta un coup d’œil à son fils Adrias, qui suivait derrière, sur un son propre beau poulain. Il était heureux que le fait d’avoir une famille ait changé sa vie pour le mieux. Il avait été très inquiet par l’idée d’avoir une famille quand il était plus jeune, mais maintenant il ne pouvait imaginer sa vie sans elle.
« Comment vas-tu fils ? »
« Très bien, Père » Adrias répondit distrait, il chassait une grosse mouche qui lui bourdonnait autour de la tête.
Aldrick hocha fièrement de la tête et se retourna sur sa selle pour scanner la route devant lui. Il a appris il y a très longtemps qu’il était sage d’être prudent quand on voyageait par les chemins, même ici sur la route qui mène à Akkadia, la Capitale d’Asturia.
« Tu te rends compte que ça fait presque quinze étés que nous nous sommes rencontrés pour la première fois? » Jelénna demanda de sa voix musicale.
Aldrick regarda sa femme d’une rare beauté. « Ça fait si longtemps ? »
Jelénna avait l’air exaspéré qu’elle prenait souvent quand il était distrait, généralement quand il avait le nez enfoui dans un livre et n’écoutait qu’à moitié.
« Oui Chéri. Après tout, Adrias aura bientôt 10 étés, le même âge que tu avais quand Hermanus devint Roi d’Asturia. Comment se fait-il que tu puisses te rappeler les noms de gens qui ont vécus il y a des centaines d’étés, mais que tu ne parviennes pas à te rappeler combien de temps cela fait que nous nous sommes rencontrés ? »
Aldrick parvint à prendre un air gêné. « Je tiens ça de mon père, comme tu le sais très bien. Il peut se rappeler des centaines de lois et de précédents historiques, ainsi que de nombreuses règles et régulations qui l’aident à conseiller le Roi. Je suis certain que le Roi Hermanus n’aurait jamais put gérer sa cour sans mon père, pourtant il est incapable de seller son propre cheval ou de faire cuire un œuf. Donc, en vérité, c’est lui que tu dois blâmer.»
Jelénna gloussa. « Il est brillant, mais effectivement, il peut paraitre pitoyablement sans défenses parfois. Au moins tu as un tout petit peu plus de bon sens que lui. »
« Je t’ai marié, non ? » Aldrick échangea un autre de ces sourires spéciaux avec sa femme bien-aimée.
Le fait de mentionner son père Tibérius, ramena ses pensées au voyage qu’ils faisaient en route pour Akkadia pour le tournoi du Roi qui était sur le point d’avoir lieu. Maintenant que le Roi Hermanus est mort, et que son fils Brodan agissait en tant que Régent, un nouveau tournoi fut annoncé pour choisir un nouveau Roi.  Le dernier tournoi du Roi avait eu lieu il y a moins de 20 étés, après la mort de vieillesse du Roi précédent. A ce moment là, Hermanus avait été le vainqueur du tournoi et était devenu le nouveau Roi.
Le pays d’Asturia choisit ses monarques par un tournoi, avec une série de concours testant les prouesses physiques ainsi que mentales. Bien que le système de Tournoi en Asturia ait eu ses détracteurs par le passé, Aldrick croyait vraiment que c’était largement supérieur à l’ancien système de royauté héréditaire.

En passant ces tests exténuants, un candidat prouvait clairement au royaume qu’il était qualifié pour être un bon dirigeant plutôt que d’être simplement la progéniture fortuite du Roi. A son avis, les pays comme Illyria qui choisissent leur nouveau roi par hérédité, plutôt que par la méthode prouvée du Tournoi se dérobait eux-mêmes de l’opportunité de bon nombre de candidats potentiels.
C’était plutôt inhabituel d’avoir un autre Tournoi du Roi après seulement vingt étés par contre, particulièrement parce-que le Roi Hermanus n’était pas très vieux quand il est mort. Nous étions en temps de paix, et le Roi avait très certainement accès aux meilleurs médecins du pays, pourtant, même eux ne pouvaient le protéger contre le plus couteux des ennemis, le ravage de la maladie.
Tout juste comme la majorité des hommes qui participaient au Tournoi du Roi, Hermanus avait été un jeune guerrier vibrant, fort et intelligent. Au moment de sa mort prématurée, Hermanus avait été en bonne santé et en pleine forme pour ses 50 étés, avec accès à des aliments sains, et toutes les herbes et potions qu’il aurait requis.
Pourtant, quand le Roi est tombé malade de façon si inattendue l’hiver dernier, même les meilleurs médecins n’avaient pas put déterminer quelle horrible et débilitante maladie il avait attrapé, et encore moins comment la combattre. Le Royaume fut choqué par les nouvelles qui annoncèrent qu’après un rapide déclin de ses forces, le Roi Hermanus gisait mort. Le règne paisible d’un dirigeant sage, juste et bon arriva abruptement à sa fin.
                                                                            

Adrias avait maintenant le même âgé qu’Aldrick avait durant le dernier Tournoi du Roi. Ses souvenirs de cette époque étaient flous maintenant, pour la plupart des flashs d’évènements qui lui viennent à l’esprit. La grande partie d’entre eux, à jamais perdu dans le brouillard du temps. Avec de l’espoir, pensa t-il, Adrias pourra un jour se rappeler les nombreux bons souvenirs qu’il fera pendant ce tournoi.
Aldrick ferma les yeux et tenta d’imaginer à quoi ressemblerait son fils d’ici vingt étés. Abruptement, l’image qu’il avait d’Adrias dans sa tête se tordit en une image de trois jeunes garçons se tenant au milieu d’une route.
Étrangement, la route apparaissait très similaire à celle sur laquelle il chevauchait actuellement. Aldrick sentit que les trois gamins, bien qu’ils semblaient jeunes, étaient d’une certaine façon plus expérimentés qu’ils ne le paraissaient. L’image était trouble, comme la plupart des rêves prophétiques éveillés qu’il avait eu tout au long de sa vie d’adulte.
Il était incapable d’expliquer pourquoi, lors de ces rares moments, il était capable de voir des flashes et des images qui semblait avoir un sens plus profond. Inexplicablement, la plupart de ce qu’il voyait viendrait à se  passer plus tard. Il apprit à prêter attention à ces flashs, pourtant, comme c’était souvent le cas, il avait actuellement aucune idée de ce que voulait bien dire ces images.
« Tu m’écoutes ? »
Aldrick ouvrit les yeux. « Pardon mon amour, qu’est-ce que tu as dis ? »
Jelénna soupira et pointa le  long de la route. « Je t’ai demandé si tu avais vu ces enfants qui se tiennent au beau milieu de la route ? »


Ils arrivaient à un endroit ou les arbres au bord de la route étaient plus serrés les un contre les autres et le branchage au-dessus était plus épais et l’ombre en dessous y était plus profonde. Aldrick regarda à travers l’obscurité approchante dans la direction que lui pointait sa femme.
Trois gamins vêtus d’ombres, alignés au travers de la route, leur barraient le chemin. Plus surprenant encore, les gamins étaient vêtus d’armure et brandissaient des épées, des armes qui paraissaient être bien trop grandes pour leurs si petits physiques.
Bien qu’il fût difficile de le déterminer dans l’obscurité grandissante, il parut à Aldrick que les garçons se tenaient derrière une brume chatoyante. Un rideau iridescent irradiait devant eux, en tourbillonnant. Leurs formes et leurs tailles se tordaient et s’étiraient quand Aldrick tournait la tête. L’effet entier alternait entre flottant à la limite du champ de vision et l’invisibilité.
Aldrick et sa famille arrêtèrent leurs chevaux d’un seul mouvement. Gardant les yeux sur les enfants au milieu du chemin, Aldrick se pencha vers sa femme et lui dit à voix basse, « Dis-moi ce que tu vois. »
Jelénna fixa son mari. « Que veux-tu dire, qu’est ce que je vois ? Je vois 3 enfants sans supervision d’adultes jouant à la guerre avec des armes bien trop grandes et dangereuses pour qu’ils puissent les avoir. A part ça, ils ne devraient certainement pas barrer la route à des voyageurs honnêtes. »
« Et le rideau de brume iridescent autour d’eux, tu le vois ? »
Jelénna plissa les yeux pour mieux voir à travers le jeu d’ombres et de lumières dans la pénombre des arbres. Secouant la tête lentement, elle répliqua « quelle brume ? Je ne vois que les trois garçons.»

Aldrick grimaça et tendit les rênes de son cheval à sa femme. Il lança une jambe par-dessus la selle et sauta à terre. Croisant son regard il lui lança un sourire engageant. « Reste ici, je vais voir de quoi il s’agit ».
Retournant son regard vers le trio, Aldrick n’arrivait pas à se débarrasser d’un sentiment incapacitant de danger imminent. Bien que sa femme puisse avoir raison, que ces garçons aient put trouver ces armures et ces armes et ne jouaient qu’à la guerre, il n’arrivait pas à s’enlever de la tête la vision qu’il avait eu.
Il vérifia rapidement qu’il avait bien les deux épées, qu’il portait attachées à son dos, s’assurant qu’elles glissaient librement dans leurs fourreaux. Relâchant les poignées, Aldrick s’avança pour confronter les trois gamins.
A son approche, le gamin du milieu s’avança, portant une grande épée à deux mains. Il y avait une telle divergence entre la taille de la grande épée et la stature diminutive de l’enfant qu’Aldrick en aurait rit à le voir  si ça avait été sous d’autres circonstances. L’incongruité de ce qu’il voyait, ajoute à son rêve prémonitoire d’auparavant, lui rappela de rester vigilant.
« Puis-je vous aider les garçons ? » Demanda Aldrick, essayant de paraitre nonchalant. Il devint encore plus suspicieux quand le gamin du milieu fit un pas en avant. Aucun d’eux ne parlait, mais dans la pénombre dansante, il était certain d’avoir vu l’ombre d’un sourire dans le visage du meneur.
Il était en train de contempler s’il devait dégainer ses épées contre des enfants, quand le meneur fit, à ses compagnons, un signe de la main si rapide qu’il fut presque invisible. Cette communication non-verbale et le sérieux de son approche suffit à Aldrick. En un flash, il dégaina ses deux épées et se maintint en attente, prêt.


« Qu’est-ce que tu es en train de faire Aldrick ? » lui lança sa femme. « Par l’Omni-Père, arrêtes tes simagrées ! »
Il entendit Adrias souffler de surprise. Aldrick les ignora tous les deux, et changea de position en attendant l’attaque. Le beau jour de printemps et les nuages cumulus qui flottaient là haut sur une légère brise, furent également relayés au fond de sa pensée. La seule chose sur laquelle il se focalisa, était l’ennemi devant lui, car quand il avait tourné la tête pour scanner les bords de la route, sa vision périphérique avait coupé au travers du voile iridescent pour voir la vraie nature des trois enfants derrière la brume d’illusion.
Voyageant innocemment,  en route pour le Tournoi du Roi, par un magnifique jour de Printemps, Aldrick et sa famille étaient attaqués, non pas par trois enfants jouant à la guéguerre, mais par trois mercenaires aguerris.