mercredi 8 mai 2013

Chapitre 4 - L'Emergence de l'Aneantisseur





Chapitre 4



Aldrick baillât et changea inconfortablement de position sur sa selle. Il avait passé la plupart de la nuit à se tourner dans son lit, revivant constamment la mystérieuse attaque sur la route et la confrontation qui s’ensuivit avec l’étrange homme à la bure grise. Même comme ça, ils quittèrent l’auberge tôt ce matin-là. Ils étaient sur la route une grande partie de la journée. Il était maintenant convaincu qu’il était plus à l’aise dans une bibliothèque qu’à cheval.
Ils eurent l’aubaine d’avoir une autre magnifique journée de printemps. De moelleux nuages blancs flottaient paresseusement au-dessus d’eux. Le voyage était plus aisé, puisque les rayons tièdes du soleil continuèrent à briller, séchant la route.
A court de sommeil et distrait par le souvenir du jour précédent, Aldrick avait du mal à apprécier le beau temps. C’était un homme prudent de nature, peut-être même plus maintenant, après les évènements de la veille. Mais il n’arrivait pas rester attentif à la route. Au moins, sa famille était saine et sauve, Grâce à l’Omni-Père.
Aussi préoccupé qu’il était, Aldrick se rendit  à peine compte qu’ils gravirent une dernière montée et commencèrent à redescendre de l’autre côté, arrivant en pleine vue de la grande Cité d’Akkadia. La Capitale d’Asturia était de loin la plus grande ville du Pays, tant par sa taille que par l’opulence de ses décors et ses bâtiments majestueux.
Ils pouvaient déjà voir les préparations pour le prochain Tournoi du Roi, étendues devant la Cité, sur les champs en jachère. A droite, des roturiers assemblaient des camps provisoires, pour eux-mêmes et pour l’afflux des visiteurs que le Tournoi ferait venir.
Avec tant de monde arrivant de toutes parts du pays, spécifiquement pour cette occasion, la plupart des roturiers, ne pouvaient pas se permettre de payer, ou même trouver de logement disponible dans l’enceinte des murs de la ville. Tous étaient bienvenus comme spectateurs pour le Tournoi ; c’était après tout, le plus grand évènement qui ait lieu en Asturia au cours des vingt derniers étés.
 
Cependant, le gite, les vivres, le matériel et le divertissement, restaient la responsabilité de chaque individu.
En approchant les murs de la ville, l’entrée d’Akkadia arriva en vue. La magnifique structure se dressait en contraste des camps de fortune qui se construisaient autour d’elle. L’immense arche de la porte massive avait été reconstruite, il y a quelques Étés par le Roi Hermanus et avait été conçue pour inspirer l’admiration et intimider ceux qui arrivaient dans la ville. Se dressant à plus de dix toises de haut, l’imposante façade était recouverte de sculptures représentant les monarques et autres personnages importants de l’Histoire. Les visages stoïques saluaient solennellement ceux qui passaient sous l’immense arche pour pénétrer dans l’enceinte de la Cite. L’ouvrage était impressionnant – Hermanus n’ayant épargné aucunes dépenses pour le projet – toutefois, Aldrick trouvait cela surfait et criard.
Par temps de paix, comme c’était actuellement le cas, les immenses portes restaient ouvertes en permanence. Néanmoins, Aldrick et sa famille passèrent sous la grande arche sous le regard attentif d’une vingtaine de gardes bien armés. Les soldats se tenaient nonchalamment et n’accostaient pas les passants, leur yeux, cependant, scannaient continuellement la foule.
En entrant dans la grande court qui s’étend au-delà des Portes, ils furent confrontes au joyau au cœur même du projet de rénovation du feu souverain ; une statue massive du Roi Hermannus lui-même.
« C’est qui, Père ? » demanda Adrias.
« C’est nul autre que le Roi Hermannus » répondit Aldrick en secouant la tête. « C’était un bon Roi, et s’améliora beaucoup au cours de son Règne de vingt Étés. Mais comme tu peux le voir par cette ostentatoire représentation de lui-même, il était un peu pompeux.
« Hé là ! Je ne souffrirai aucun commentaire dénigrant de feu mon père, le Grand Roi Hermannus ! »
Aldrick se retourna et vit, son ami d’enfance Brodan, le seul héritier du défunt Roi Hermannus, maintenant Régent du Royaume d’Asturia.  Sautant de selle, Aldrick serra chaleureusement son vieil ami dans ses bras.

« Brodan, qu’il est bon de te revoir. A nouveau je t’offre mes plus profondes condoléances. »
« J’apprécie beaucoup » remercia Brodan en souriant. « Tu m’as manqué. »
« J’aurais aimé te rendre visite plus tôt, mais voyager d’Ubarra à ici en plein hiver est notoirement difficile. Cette saison était particulièrement rude. Heureusement, cela s’est suffisamment améliorer pour que nous puissions assister au Tournoi.
« Ah ! Je vois que tu as amené ta famille cette fois-ci, » dit Brodan un sourire en coin, en se tournant vers Jelénna pour lui tendre la main. « Peu importe combien de temps est passé, je ne pourrai jamais oublier l’angélique et radiante Jelénna. Votre beauté ma chère, hante mes songes. »
Jelénna rougit, mais chassa d’un geste sa flatterie et son aide à descendre de sa monture, comme s’il s’agissait de taons importuns virevoltant autour d’elle. « Allons Brodan ! Vos propos mielleux ne serviront qu’a rendre mon amour de mari jaloux. »
Aldrick pris sa femme par la taille en disant « C’est Vrai. »
Brodan les ignora tous les deux et adressa Adrias. « Et voila le jeune Adrias. Ca alors, comme tu as grandi ! Je soupçonne que tu vas t’entrainer à l’épée avec ton père avant longtemps. »
« Mon père a du se battre sur le chemin en venant ici. On a été attaqués sur la route » débita-t-il tout excité.
« Le sourire condescendant du Régent s’évapora, « Attaqués sur la route d’Ubarra ? Que s’est-il passé ? »
Aldrick hochait la tête « Nous avons vraiment besoin de parler, mais pas ici. »
Le regard fixe sur la foule qui passait, l’ombre d’un sourire lui effleurant le visage, il dit : « Qu’est-ce que tu fais par ici de toutes façons ? Ca ne te ressemble pas de trainer parmi le petit peuple. »
« Oui, et bien je… » Balbutia-t-il. « Je suis descendu au marché pour faire quelques emplettes. On ne trouve pas tout au Palais, après tout. »
Brodan se tut, puis lui fit un grand clin d’œil. « En plus, tu me connais bien… j’aime garder le contact avec le petit monde ! »
 
Aldrick le fixa, perplexe, mais Brodan ignora son regard. « J’ai prévu un grand festin pour ton arrivée. Allons au Palais, pour que vous puissiez faire un brin de toilette, et ensuite nous écouterons le récit de votre aventure sur le chemin de Ubarra a Akkadia. » Sans faire une pause, le Régent tourna sur ses talons et s’éloigna en marchant.
« Voila, qui était abrupte » marmonna Jelénna. « Pas même un ` à tout a l’heure ’… ».
Aldrick acquiesça. « Typiquement Brodan, on y va ? »
S’étirant après la longue chevauchée, Aldrick s’empara de la longe de son cheval et mena son petit groupe au pas a la suite du Régent, se faufilant a travers la foule en chemin vers le Palace.
Laissant leurs chevaux avec les serviteurs du Palais, les trois gravirent les magnifiques marches de marbre qui dominaient l’avant du Palace. Ici aussi, des bustes de Rois passes, tant les légendaires que les infâmes bordaient les marches. Leurs yeux sculptes semblaient suivre Aldrick du regard a mesures qu’ils montaient.
Brodant attendait au sommet des marches. Il avait les bras croises et un air impatient au visage.
« Allez ! Vous trois êtes aussi lent que des Paresseux du Gandahar. »
Brodan fit volte-face et déguerpit dans le Palais, les laissant pantois sur les marches d’escalier.
Jelénna grimaça et dit : « Honnêtement Aldrick, je n’ai jamais compris comment tu as pu te lier d’amitié avec cet homme. »
« Oh, il n’est pas si mal » souri Aldrick. « C’est un brave homme en dessous de son extérieur contrariant, mais être élevé en tant que fils unique du Roi, te donne une certaine… confiance en soi. »
« Arrogance, plutôt, oui. » Pouffa Jelénna.
Arrivant au sommet des marches, Aldrick changea de sujet. « Allons à l’intérieur. J’ai faim. »

Les gardes les firent entrer. Traversant la Grande Entrée, ils trouvèrent à l’autre bout, un serviteur qui les attendait ; quelqu’un dont Aldrick ne se souvenait que trop bien. Le vieil homme mince, avait une face de faucon et un nez aristocratique qui soutenait une paire de lunettes rondes de lecture.
Tirant une révérence marginale, le serviteur annonça d’une voix hautaine, « Bienvenu Maitre Aldrick… et famille, je suis la pour vous escorter a votre chambre où vous pourrez faire votre toilette.  Des que vous serez prêts, nous prendrons le chemin de la salle a manger où notre illustre Régent attendra sans doutes votre arrivée sans prendre haleine. »
Sans attendre de réponses, il se retourna et s’en alla la tête haute.
Jelénna se pencha vers Aldrick et chuchota : « Il n’a pas changé. »
Aldrick sourit « Jarvus ne change jamais. Sois tu t’habitues à lui, sois non »          
Pendant qu’ils suivaient le serviteur vexant, Aldrick admirait les meubles élégants, les tapisseries et les tableaux qui décoraient les halls du Palais. De les revoir lui amena une vague agréable de nostalgie. La plupart des œuvres d’art et des meubles étaient très anciens et au Palais depuis plusieurs siècles.
Aldrick avait renoncé aux droits de noblesse avec lesquels il avait été élevé au Palais. Il Choisit plutôt une vie simple, par le travail. Le travail était important et il adorait sa vie avec Jelénna, mais il gardait, malgré tout une profonde admiration pour l’Histoire riche du monde, particulièrement l’Histoire d’Asturia.
Plusieurs tapisseries dépeignaient de grandes scènes de Chevaliers sur leurs destriers armures se confrontant lors de batailles épiques. D’autres montraient des évènements et des batailles de la Grande Guerre. Toutes étaient des réminiscences des contes qu’il avait lu et aimer quand il n’était qu’un petit garçon.
Aldrick s’arrêta devant un tableau en particulier, alors qu’ils le passaient sur leur chemin. La plus grande œuvre d’art, en taille, de tout le Palais. L’immense Peinture était aussi très graphique, décrivant une bataille de la Grande Guerre intensément violente et effroyable.
 

Aldrick était émerveillé par le portrait détaillé du carnage, plutôt pas caractéristique du reste des œuvres d’art du Palais. Sargon l’Anéantisseur –Infâme tyran de la Grande Guerre- se tenait sur un petit promontoire près d’un grand temple de pierre, cerne par les défenseurs Asturiens. Un feu irrépressible rageait à l’intérieur et tout autour du Temple.
L’Anéantisseur était vêtu d’un long vêtement couleur d’ébène et avait les bras tendus dramatiquement. Un nimbus d’ombres rampantes jaillissaient de Sargon et attaquaient les soldats, qui se tordaient à terre de douleur tout autour de lui. Le Magicien, le regard menaçant semait le chaos parmi les défenseurs.
Aldrick en avala sa salive. La scène horrifique dépeinte dans ce tableau lui était toujours restée à l’esprit. À l’inverse du reste de l’art dans le Palace, l’éclairage et le détail de cette pièce en particulier, était si incroyablement vivide et réaliste qu’il avait l’impression d’être la bas en personne, sur la colline, à regarder la bataille se dérouler. Il s’attendait presque à voir Sargon tourner la tête à tout moment pour le fixer droit dans les yeux.
Jelénna grimaça, « Je hais absolument ce tableau. »
« C’est troublant en effet, mais j’ai toujours pensé que c’était une des œuvres les plus stupéfiante de la Grande Guerre. »
« Certainement la plus violente. » Jelénna ajouta.
Adrias regarda le tableau avec de grands yeux ronds. « Qui c’est le monsieur qui fait peur sur la colline, qui tue tous les soldats, Père ? »
« C’est Sargon l’Anéantisseur dans sa dernière bataille près du Temple de l’Oracle, sur le Mont Zagrias. Heureusement pour nous, la Grande Guerre et son invasion pris fin ce jour la.
Jelénna se détourna du Tableau avec un frisson, « J’ai entendu des histoires sur la bataille au Mont Zagrias et la victoire sur Sargon, mais ici, il semble qu’il est en train de gagner. »
Aldrick sourit, se prenant plaisir à la moindre occasion de parler d’Histoire. « Et il était sur le point de remporter une victoire définitive, si ce n’était pour une simple et unique flèche, tirée d’un arc ordinaire, par Élias, l’archer légendaire.  Malgré toutes ses préparations, abattant tous les Mages, Soldats et Nobles qui s’opposaient à lui, ce fut la flèche toute simple d’Élias qui mit fin à son règne de terreur.

« Il est mort, Père ? »
Aldrick  grogna. « Je suis sur que oui, bien que, selon la légende, son corps disparut immédiatement après sa chute. »
Un toussotement forcé, derrière Aldrick, l’interrompit et ils se retournèrent tous pour voir Jarvus qui gardait les yeux fixes au-delà d’eux, un regard exaspéré au visage. Reniflant bruyamment il s’enquit : «Peut-être que Maitre Aldrick et sa… famille, sont prêt à poursuivre ? »
Aldrick sourit poliment, ignorant l’évidente impatience de l’homme étriqué. « Bien sûr Jarvus, après vous. »
« Ô, Joie de joies ! Ma journée est au complet. » Le serviteur se tourna hautement et repris le chemin d’un pas glissant le long du hall. Aldrick entoura les épaules de sa femme de son bras et ils suivirent dans son sillage.
Son père étant un des conseiller du Roi Hermannus et de son prédécesseur, Aldrick grandit, jouant dans ces couloirs avec ses amis d’enfance comme Brodan. Il a toujours aimé les meubles anciens, les œuvres d’arts et les tapisseries. Par contre il n’a jamais put retenir les plans du Palace et avait du mal à naviguer les couloirs avec tous les tours et détours.  D’ailleurs, peu après quelques tours, virements et retours, Aldrick réalisa qu’il était, une fois de plus, complètement perdu.
Ils arrivèrent à la chambre qui leur était assignée et Jarvus les informa qu’il les escorterait  jusqu'à la salle à manger `aussitôt qu’ils seraient prêts’, puis entreprit de tapoter impatiemment le sol de la pointe du pied.
Entrant dans leur chambre, Aldrick chuchota à l’oreille de Jelénna : «je crois qu’il a voulu dire qu’il faut que nous nous dépêchions. »